Prendre rendez-vous en ligneDoctolib

Newsletter du 29 août 2022

29 Août 2022 | Newsletter

Est-ce l’existence qui précède l’essence ou l’essence qui précède l’existence ?

Un petit chemin dans les Alpilles nous mena vers un paysage à couper le souffle, et dans ce lieu exposé aux quatre vents, une question est apparue : et si l’essence précédait l’existence, finalement ? Et si un caractère était décelable chez un bébé dès sa naissance ? Les mystiques vous répondront : cela se passe bien avant, puisque c’est « l’âme qui enveloppe le corps », ou bien puisque le corps est le temple de l’âme. Alors s’il en est ainsi, je vous propose cette semaine de traiter notre corps comme ce temple qu’il est. Si seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose, comme l’écrivait Nietzsche, cela veut dire que « l’on n’est pas logé en son corps, tel un pilote en son navire, mais tellement confondu et mêlé, que l’on forme comme un seul tout avec lui », dixit René Descartes, dont l’anagramme est, je tiens à le rappeler, tendre caresse. « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé », nous informait Voltaire, et moi, de mon coté, j’ai décidé de ne pas boire, parce que c’est mauvais pour l’esprit (avant de l’être pour le corps). D’ailleurs, cela me gêne d’écrire « boire », comme si l’alcool était à ce point l’essence de la boisson, qu’il devenait contingent d’user d’un complément. En ne buvant pas d’alcool donc, je me nourris d’une ivresse à la fois plus subtile, et plus substantielle, tout en étant plus pérenne. Le contresens ici aurait en effet consisté à lire en filigrane les leçons d’une sainte nitouche frustrée, mais c’est de bien autre chose qu’il s’agit. Eventuellement d’une critique de Baudelaire, car je pense qu’il ne faut pas se tromper de flacon. Si l’alcool est un fléau, c’est parce qu’il s’accompagne toujours de sa propre justification, de son énième légitimation, tout en faisant croire qu’il n’y a point de fête sans lui.

Une autre réflexion que je voulais partager avec vous, du coq à l’âne, comme d’habitude, pourrait se dire dans une concaténation d’analogies, là où les figures de style tombent dans un saugrenu abyme : et si la philosophie était aux disciplines qu’on appelle littéraires, celles qu’on appelle très mollement, et avec bien peu d’inspiration, les sciences molles, ce que les mathématiques étaient à ce qu’on désigne, toujours avec aussi peu d’inspiration, sous le nom de sciences dures, tandis que (rappelez-vous, je vous avais promis une concaténation, des idées à la chaîne) ; tandis que, donc, le piano entretiendrait ce même rapport avec tout l’orchestre. La philosophie est ma branche maîtresse ! Quand de grands sociologues comme Max Weber ou encore Emile Durkheim ont pu écrire des ouvrages qui n’ont rien à envier à la rigueur conceptuelle des plus grands amoureux de la sagesse, beaucoup d’autres font disparaître cette ossature, et semblent avoir pâle figure à coté de ceux qu’on peut se risquer à appeler nos maîtres à penser.

Je finirai par une touche olfactive, en forme de devinette. Je suis charnue et raffinée, fruitée aussi, et je surfe sur les accords ronds de la poire. Je déploie une vanille ambrée, une harmonie parfaite, presque sombre, une opulence par-delà le bien et le mal. Je suis la poudre et le musc, le sucre et la blancheur. Alors, quel est mon nom ? Vous aurez la réponse dans votre prochaine newsletter.

Mon moment préféré est enfin arrivé : celui de vous souhaiter une semaine ivre, aussi ivre que le coup d’aile du plus beau poème de Mallarmé 😉 .