Prendre rendez-vous en ligneDoctolib

Newsletter du 12 septembre 2022

12 Sep 2022 | Actualités, Newsletter

Bonjour,

Vous vous souvenez la semaine dernière, je vous souhaitais une semaine libre comme l’art. Alors aujourd’hui, l’envie me prend de commencer par ce commencement qu’est l’art. Ce commencement qui est aussi évidemment un point d’aboutissement. Je commencerai donc par une anecdote qui n’en est pas une : j’ai appris récemment que Rodin n’était pas celui qui avait de ses mains sculpté Le Baiser de Rodin. Ça en a fait tiquer quelques-uns. Et vous, qu’en pensez-vous ? Il est tentant de passer du Baiser de Rodin à celui de Gustave Klimt, bien peint par Klimt celui-là. Un brun ténébreux enlace sa pâle rousse nimbée de feuilles d’or, qui ont elles aussi certainement contribué au succès du tableau, il paraît. Ils reposent sur un lit de fleurs, et les rondeurs de la féminité contrastent avec les formes angulaires masculines. Le visage de l’homme est caché, tandis qu’il serre dans ses bras sa dulcinée, comme une manière pour le peintre de dire qu’ils ne forment plus qu’un. La femme est à genoux, et Klimt avait d’ailleurs retouché ses jambes, qu’il trouvait trop longues. Elle reste toutefois bien plus grande que lui. Ils vont s’engouffrer dans le sommeil, encore fascinés par leur position, et les éclats d’étoiles seront peut-être l’étoffe de leurs songes, à la fois apaisés et fiévreux.

Je vous propose maintenant de nous plonger dans une autre toile, peinte par notre ami Léonard, qui s’appelle La Scapigliata, ou encore L’Echevelée. Léonard semble poser cette question : que signifie aller jusqu’au bout ? Aller jusqu’au bout dans la naissance. Il a fait naître cette question : mais que veut dire aller jusqu’au bout ? C’est réaliser le divin sur cette toile, le divin qui est ici une femme, un Christ féminin, un Christ au visage de femme, qui se montre en train de naître. Aller jusqu’au bout dans une esquisse, suprême paradoxe ! A tel point que certains, les moins inspirés il est vrai, ont cru que la toile n’était pas finie. Oui, Léonard est parti manger un sandwich, et puis il en a eu assez ; il a dit voilà, je m’arrête là. Elle a les yeux mi-clos, pour mieux signifier son sentiment de l’absolu, et ces yeux mi-clos sont la touche d’un des maîtres de Léonard, qui les peignait déjà comme cela. Alors où commence le génie ? Le génie, est-ce celui qui est capable d’aller jusqu’au bout, tout simplement ? Le génie, est-ce celui pour lequel tout est simple ? Tout le monde est capable de peindre la chevelure, mais il faut s’appeler Léonard pour peindre le visage irradié de béatitude de La Scapigliata. Il faut s’appeler Léonard pour peindre le sentiment dans son plus pur état. Alors Léonard nous fait réfléchir, et nous demande à sa manière, où commence Léonard ? D’une certaine façon, il nous dit que rien ne nous sépare de lui, mais d’une autre manière, il nous montre l’essence du génie. Cette toile de petites proportions, carrée, peinte sur un bois de noyer, est une immense toile. Elle est de la philosophie en acte. La Scapigliata sourit avec autre chose que des yeux, avec autre chose qu’une bouche. C’est le sourire de l’âme. Le clair-obscur est très marqué, pas autant que chez le Caravage, certes, mais une question se pose : d’où vient la lumière ? Est-ce qu’elle vient de cette femme ? Est-ce que cette femme la reçoit ? Alors cette semaine, je vous propose de jouer à ce petit jeu-là, ou plutôt à ce grand jeu que voilà : allez-vous jusqu’au bout des choses, allez-vous jusqu’au bout de vous-même, allez-vous jusqu’au bout de ce que vous entreprenez ? Rappelez-vous, nous sommes ce que nous faisons, plaisait-il à Sartre de répéter. Annie Ernaux, dans Passion Simple, dit qu’elle veut vivre sa passion jusqu’au bout. Et vous, qu’avez-vous fait jusqu’au bout ? Et que ferez-vous jusqu’au bout cette semaine ?

Vous pouvez me répondre par mail si le cœur vous en dit, vous le trouverez en bas de page du site.

Que cette semaine soit jusqu’au-boutiste, telle un trapéziste fou, un brin excentrique, telle un couturier capricieux, et fantastiquement fantasque, comme un truculent lunatique.