Prendre rendez-vous en ligneDoctolib

Newsletter du 9 janvier 2023

11 Jan 2023 | Newsletter

Bonjour !

Ce n’est pas un excès de bile noire, la fameuse mélancolie, qui m’a poussé à ne pas écrire ces trois dernières semaines, mais tout simplement une trêve hivernale… excessive ! C’est l’excès de force qui prouve la force, non ? (Nietzsche). Et je ne reviens pas chargée de trophées héraldiques (car je ne suis pas un chevalier qui entre en lice, voyons), mais riche de lectures et de la force de ces textes, émerveillée par des tableaux et des fables, par des fresques et par des formules. En guise d’exemple, j’en retiens une : « les épaisseurs du silence », d’Annie Errnaux, et bien évidemment cette merveilleuse « solitude à deux », à quatre plutôt (parce que notre chambre a un berceau), qui a caractérisé l’atmosphère de nos fêtes. En guise de fable, je retiens celle du moustique et du lion. « Un moustique ayant vaincu le lion sonna de la trompe, entonna un chant de victoire, et prit son envol. Mais il s’empêtra dans une toile d’araignée : tandis qu’elle le dévorait, il se lamentait d’être tué par un vulgaire animal, une araignée, lui qui avait combattu les plus puissants animaux. » Doit-on se faire rat face au rats pour triompher d’eux ? Rat des villes ou rat des champs ? Ni l’un ni l’autre : je fonce tout droit vers l’archipel des Galapagos, et vers ses anciens volcans, comme Charles Darwin, au 19ème siècle. Depuis quarante ans, Robert Grant et sa femme Rosemary y étudient une espèce de pinson, Geospiza Fortis, et s’intéressent à l’évolution de la proportion d’oiseaux à gros becs (les mangeurs de grosses graines) et d’oiseaux à petits becs (les mangeurs de petites graines). Vous imaginez bien que lorsqu’une autre espèce de pinson mangeuse de grosses graines arriva sur l’île Daphne Major, cela changea la donne pour notre Geospiza Fortis à gros bec. Majoritaire, il devint minoritaire. C’est d’autant plus compréhensible quand on sait que pour couronner le tout, deux épisodes de sécheresse (en 1976-1977, et en 2003-2004) ont également modifié l’équilibre pour cette espèce d’oiseau, certainement pas en faveur des gros becs. Mais tant qu’on ne les traite pas de blancs-becs ! Pourra-t-on dire ça du portrait des femmes de Constantine sortant du bain depuis l’intérieur du Harem, peint par Théodore Chassériau, dans le goût mauresque ? Certainement pas ! Le corps est éclatant de beauté, riche d’ombre et de lumière, il savoure ses reflets. Ces femmes, qui étaient traitées « en mineures pour leurs biens et punies en majeures pour leurs fautes », comme l’avait dit Figaro, se trouvent ici mises à l’honneur.

Que les gens d’esprit sont bêtes ! Est-ce Figaro qui s’exclame ainsi ? Non, c’est Suzanne. C’est elle qui prononce également cette phrase formidable, qui je l’espère deviendra mon credo, mon slogan : « Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort ». A moins que le monde mental ne mente, monumentalement (Prévert).

Pour terminer, cette semaine, je vous pose deux questions. La première : quelle était la profession de Robespierre ? Quant à la seconde (non la deuxième, car cela supposerait une troisième), la voici : j’aimerais que ma boîte mail se trouve inondée de réponses à la question de savoir comment est né le théâtre de boulevard.

Je vous souhaite une semaine excessive, où vous récolteriez les trophées de la solitude à deux, où vous vous sentiriez aussi libres et légers, aussi gais que des pinsons, en gardant dans un coin de votre esprit (et c’est là tout le paradoxe) que le monde mental ment, monumentalement.